Question à… Emmanuel Jahan, directeur des ports de la CCI Nantes Saint-Nazaire

Quelles sont vos missions ?

Je suis responsable de l’exploitation de cinq ports de plaisance en Loire-Atlantique. Nos missions principales sont d’investir et d’entretenir les infrastructures portuaires qui nous sont confiées par les collectivités locales et d’offrir les prestations de service aux clients des ports de plaisance

Pouvez-vous nous résumer les ports de la CCI Nantes Saint-Nazaire en quelques chiffres ? Quelles sont leurs caractéristiques ?

Nous gérons deux ports à flot, deux ports d’échouage et un port fluvial, soit 2500 emplacements pour un chiffre d’affaire de 3,2 M€/an. Une première particularité est liée à cette diversité de type de ports, qui nous permet aujourd’hui de toucher à peu près tous les profils de clients que l’on retrouve habituellement sur les ports de la façade atlantique. L’autre particularité est que tous ces sites sont dans des environnements très urbains ce qui les rend très attractifs mais qui complique fortement les activités logistiques (manutention, parkings etc.), avec très peu d’espace terrestre disponible. Enfin, notre clientèle est essentiellement locale avec une forte majorité de résidents principaux et secondaires.

Quels changements/nouvelles tendances observez-vous dans la plaisance ?

Comme partout, l’âge moyen du plaisancier propriétaire de bateau est en hausse constante, ce qui signifie que le renouvellement de clientèle par le bas de la pyramide des âges est faible. La principale conséquence est un tassement de la demande dans les ports les plus attractifs et une baisse notable dans les ports moins attractifs. L’autre tendance majeure est une augmentation de la part des plaisanciers peu aguerris, qui ne vont pas faire plusieurs semaines de formation avant d’acheter un bateau comme l’ont fait leurs ainés à une époque. Ce phénomène se traduit également par une hausse constante de la part des bateaux à moteur, plus simples à utiliser que les voiliers pour des sorties en mer, qui se font donc sur des temps plus courts (journée, week-end).

Quels sont les nouvelles attentes des plaisanciers ?

Même si la clientèle de plaisanciers « traditionnels » reste importante, leur niveau d’exigence par rapport à la prestation du port est clairement en hausse. On assiste également à l’émergence d’une nouvelle typologie de plaisanciers, qui souhaitent s’affranchir des contraintes liées à leur passion (logistique, stockage, maintenance, etc.) et disposer de davantage de services pour vivre des expériences sans couture. Ces comportements sont observés surtout chez les actifs (45-65 ans).

À cette nouvelle génération de plaisanciers, s’ajoutent ce que nous appelons les néophytes, aujourd’hui non-plaisanciers mais qui pourraient le devenir si la filière met sur le marché de nouvelles offres de produits adaptés à leurs besoins. À terme, c’est probablement l’enjeu majeur auquel les gestionnaires de port devront faire face.

Cela modifie t’il votre gestion des ports à la CCI et la relation à vos clients ?

Oui, bien sûr, le temps passé sur la relation client a clairement augmenté, nous devons faire preuve de plus d’attention, plus de pédagogie et imaginer des offres de service pour répondre à ces nouvelles attentes.

Que peuvent apporter au gestionnaire les technologies développées dans le « port connecté » ?

Comme partout, le numérique est incontournable. Pour autant, le développement des technologies numériques dans un port de plaisance n’a de sens que s’il permet d’améliorer et de faciliter le parcours client, et faire gagner le port en productivité. De même, ces développements ne pourront fonctionner que si les collaborateurs des ports acquièrent les compétences nécessaires, sachant que ce sont déjà des profils très polyvalents (administratif, technique, commercial).

Quels projets menez-vous dans ce domaine ?

Nous avançons de manière très pragmatique et avons choisi de démarrer par le développement du volet web avec la mise en place et le développement d’une interface client permettant la mise à disposition de données en temps réel (météo, hauteur d’eau, webcam) et la dématérialisation des process administratifs et contractuels. Ce projet a été lancé il y a trois ans et va maintenant être repris et développé dans l’application Falco.

À partir de 2021, nous engageons le développement du volet connectivité des ports avec l’installation progressive d’une infrastructure réseau et la commercialisation de capteurs de sécurité à bord des bateaux de nos clients.